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Le Page de l'Aurore, d'Astrid Stérin

Par un curieux concours de circonstance, j'ai découvert le roman Le page de l'Aurore le jour même de sa parution, le 9 mai 2019. Intriguée par la magnifique couverture (que voici), je me suis empressée de lire ce récit tout frais tout chaud, et délicieux du début à la fin.


L'illustration d'Yseult Gouachon, qui est également l'éditrice

Comme les autres romans de fantasy à la française dont j'ai parlé précédemment, Le Page de l'Aurore est le premier roman de son autrice. En plus d'être romancière, Astrid Stérin est également blogueuse et très présente sur les réseaux sociaux. Personnellement j'aime beaucoup son blog, l'Astre et la Plume, où l'on retrouve non seulement des billets sur le Page de l'Aurore, mais également sur ses lectures et sur l'écriture. On peut même y lire de fascinants articles d'histoire, par exemple celui sur la Flûte Enchantée (Die Zauberflöte, 1791) de Mozart. Astrid et Lilia ont certainement plusieurs atomes crochus! Quant au Sylve Rouge, c'est une maison d'édition extrêmement récente, en fait Le Page de l'Aurore est une de ses deux premières publications. Elle publie des romans pour adultes et des romans jeunesses.


L'histoire du Page de l'Aurore est une épopée chevaleresque où l'on suit les aventures et l'apprentissage d'un petit garçon – qui grandira bien vite, même anormalement vite – le Chevalier Coeur de Lorelonne. Il deviendra page à la cour du roi, puis à l'éclatement d'une guerre avec un pays voisin, suivra celui-ci à la bataille et découvrira son propre rôle qu'il aura à jouer dans ce conflit. Toutes les injustices de classes, toutes les horreurs de la guerre, le jeune Coeur les vivra avec une sensibilité remarquable qui le rendra des plus attachants, réalistes et humains.


L'univers : Everlon, la capitale au style vénitien.


Dès les premières pages, nous voici immergés dans une ville au allure vénitienne : les échoppes colorées, les bâtiments impressionnants, la mer, les théâtres et bien sûr les masques que portent ceux et celles qui ne souhaitent pas être reconnus! Coeur, impressionné par une si grande et si imposante cité, passe pour la première fois devant la statue d'or représentant le roi – bien plus jeune qu'il l'imaginait : à peine plus vieux que lui-même! - avant d'intégrer la cour et de rencontrer celui-ci en personne. Il deviendra page, un des trois pages du roi, le plus matinal d'entre eux, le page de l'Aurore.


Bien qu'intimidé, Coeur s'intégrera rapidement à cette cour fastueuse. Doron, le comte de charme (en fait un adolescent), ayant été page dans son enfance, deviendra son confident. Le maître Lierre lui-même – le magicien capable de remodeler chaque jour la statue d'or du roi – deviendra son professeur de dessin. Ah oui, et j'ai déjà dit que les noms des personnages sont très sympathiques? :-)


La magie : discrète, symbolique, qui donne au récit des allures de légendes.


Les premières esquisses de magie sont introduites par le maître Lierre et sa capacité surnaturelle à sculpter l'or :

« C'est vraiment extraordinaire!, s'exclama rêveusement Coeur en considérant les étranges mains du sculpteur. Mais dites-moi, si vous avez ce don unique... Est-ce que l'autre légende est vraie aussi? Celle qui affirme que les statues d'Or s'éveilleraient si la lignée des Rois venait à s'éteindre, et qu'elles pourraient régner à leur place. »

Lorsque le récit se poursuit, l'environnement est si réaliste qu'on en vient à douter des pouvoirs maléfiques de la sorcière de Torraure. Et pourtant, lorsque la guerre éclate, et que Coeur se retrouve sur le champ de bataille, des malédictions ne tardent pas à sévir.


Une de ces malédictions est particulièrement symbolique : le vieillissement prématuré des soldats. On pourrait retrouver un phénomène similaire relaté par d'anciennes épopées chevaleresques, et que des historiens expliqueraient par l'allégorie du temps qui s'est écoulé pendant une guerre interminable.


Le style : d'une très grande qualité littéraire.


Des les premières lignes, la langue du Page de l'Aurore m'a captivée. J'ai été très impressionnée par la qualité littéraire du texte, de son vocabulaire recherché sans pour autant prétentieux ou inaccessible, le rythme qui nous garde bien accrochée. C'était d'autant plus étonnant pour moi que je savais que l'autrice Astrid Stérin a environ mon âge et que Sylve Rouge est une maison d'édition « débutante » dont le Page de l'Aurore est une des deux premières publications. Cela démontre à quel point et l'autrice et la maison d'édition sont à surveiller et à suivre, car chacune promet bien davantage de textes de qualité.


Lilia râle, comme toujours


S'il fallait poser un bémol à ma critique, je dirais que l'histoire du Page est somme toute assez linéaire. Peu de tours, de détours ou de fausses pistes dans ce roman. Cela dit il y a pourtant bien quelques retournements de situation inattendus qui enrichissent la narration, en particulier des découvertes de bon dans le mauvais et de mauvais dans le bon – une réflexion omniprésente dans tout le récit. La simplicité de la narration, en outre, convient très bien au style d'épopée chevaleresque.


Prochain roman?


Selon son blog, Astrid Stérin travaille actuellement sur un roman de Steampunk, un courant littéraire qui redéfinit l'aire de la révolution industrielle du XIXe siècle. Pour moi dont l'Assassin's Creed préféré estSyndicate, et qui adore les romans de Pullman se déroulant à l'époque victorienne, ce sera un vrai régal, j'en suis sûre! En attendant, je peux toujours relire le Page de l'Aurore...

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